Troubles musculosquelettiques (TMS) et usages des objets numériques

Information

  • Auteur : Christophe Charroud, Espé, univ. Grenoble Alpes.
  • Date de création : septembre 2017.
  • Date de modification : 7 septembre 2017.
  • Statut du document : En cours.
  • Résumé : Après les ordinateurs fixes, nous voyons se développer chez les élèves et les étudiants une utilisation intensive des tablettes et smartphones, cause des douleurs qui peuvent devenir invalidantes. Des pratiques, dont les conséquences sur la santé doivent être surveillées.
  • Licence : Document placé sous licence Creative Commons : BY-NC-SA.

Introduction

Les Pathologies liées aux professions manuelles et répétitives sont connues depuis longtemps, mais depuis quelques années les services de médecine préventive et de médecine du travail pointent l’émergence de pathologies affectant des usagers de terminaux numériques. La durée d’usage des terminaux numériques ne cesse de progresser chez les élèves que ce soit en contexte scolaire ou hors de ce contexte, il est donc nécessaire de prendre en compte ces pathologies potentielles dans les établissements scolaires dès le plus jeune âge.

De quoi parle-t-on ?

Ces pathologies encore appelées troubles musculosquelettiques (TMS) sont des lésions attribuées au travail répétitif, elles affectent principalement les muscles,les tendons et les nerfs, c’est-à-dire les tissus mous qui se trouvent en périphérie des articulations, les régions corporelles concernées sont principalement le cou, les épaules et les poignets et les mains. Ces pathologies périarticulaires peuvent être regroupées par catégories selon l’élément anatomique affecté :

  • Les tendinites : inflammation des tendons,
  • Les ténosynovites : inflammation des gaines synoviales et des tendons,
  • Les bursites ou hygroma : inflammation des bourses séreuses,
  • Les syndromes canalaires : compression d’unnerfqui se trouve dans un espace limité pouvant être due à l’inflammation d’un tendon qui entraîne un gonflement.

Les TMS sont l’expression d’une hypersollicitation sur les articulations, trois facteurs biomécaniques peuvent entraîner une hypersollicitation, la force, la posture et la répétitivité, si dans la plupart des activités scolaires le facteur force semble exclu les deux autres sont en revanche bien identifiés.

Quelle sont conséquences des TMS?

Face aux TMS l’organisme enclenche un processus de protection, la douleur, dans le but de limiter la sollicitation des tissus (tendons ou gaines synoviales) atteints. La douleur va limiter les possibilités gestuelles, les efforts ne pourront plus être aussi importants ni aussi répétés. L’atteinte des nerfs est source de troubles de la sensibilité, plus rarement de la fonction motrice, ce qui peut être générateur à la longue d’atrophie musculaire. Dans tous les cas les TMS ont une influence sur la vie courante, certains gestes anodins du quotidien deviennent douloureux voire irréalisables.

Usages du numérique et TMS, quels risques, quelle prévention ?

Lors de l’utilisation d’un terminal numérique l’élément à prendre en compte n’est pas l’objet technologique mais la façon dont l’usager interagit avec lui et surtout la posture adoptée. A minima, trois régions corporelles doivent être prises en compte lors de l’usage d’un terminal numérique.

Région corporelle tête-cou-dos

Le dos et la colonne vertébrale sont sollicités par les usages du numérique, une sollicitation moyenne lors de l’utilisation d’un ordinateur fixe, cette sollicitation augmente lors de l’utilisation d’un ordinateur portable car l’écran est plus bas. Pire une étude (Kenneth 2014) [hansraj2014assessment] démontre que lorsque l’on se penche sur l’écran de sa la colonne vertébrale peut atteindre 27 kg quand la tête est inclinée à 60°, contre seulement 4,5 kg en position normale.

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Source : Surgical Technology International

Pour limiter les risques lors de l’usage d’un ordinateur fixe, vous pouvez vous référer au site de l’INRS qui prodigue des conseils simples sur la posture à adopter.

http://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/269/files/2011/05/TravailEcranAmenagement.jpg

Source INRS

Parmi les multiples conseils nous pouvons retenir :

  • Les pieds reposent à plat sur le sol de préférence ou sur un repose-pieds permettant de maintenir les pieds à plat lorsque le plan de travail n’est pas réglable en hauteur,
  • L’angle du coude est droit ou légèrement obtus,
  • Les avant-bras sont proches du corps,
  • La main est dans le prolongement de l’avant-bras,
  • Le dos est droit ou légèrement en arrière, et soutenu par le dossier.

Région corporelle bras, avant bras, poignet

Les pathologies plus connues affectant cette région sont :

  • La tendinite de la coiffe des rotateurs qui touche l’épaule
  • L’épicondylite qui affecte le coude
  • Le syndrome du canal carpien au poignet

Afin de limiter les risques, le clavier devrait être posé à plat sur la surface de travail, en utilisant le clavier et la souris, le haut des bras devrait être détendu, le long du corps. Les coudes sont fléchis à angle droit (90 degrés) et les poignets doivent êtres horizontaux. L’épaisseur et l’inclinaison du clavier doivent limiter l’extension des poignets, c’est pourquoi il n’est pas conseillé d’en déplier les pieds.Le clavier doit se situer en face de l’élève mais pas au bord du plan de travail pour permettre l’appui occasionnel des mains et des avant-bras. Une distance de 10 à 15 cm entre le bord du plan du travail et la barre d’espacement du clavier permet cet appui. Il faut éviter de poser continuellement les poignets sur le bord du bureau pendant la frappe. Celle-ci doit donc être effectuée avec les poignets le plus souvent “flottants”.

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Source : Guide pour la prévention de lésions musculo-squelettiques. Revue TravailsécuriTaire NB (Canada)

Région corporelle de la main

Le lien entre TMS de la main et numérique est plus récent du fait de l’émergence des terminaux numériques mobiles (tablettes, téléphone).

Les quelques études réalisées à ce jour montrent que la durée journalière de temps de jeu et de navigation sur internet sur smartphone est significativement associée à des douleurs au pouce de la main directrice (Berolo et al. 2011) [berolo2011musculoskeletal].

Avant l’avènement des smartphones des études portant sur l’envoi excessif de SMS (jusqu’à 2500 par mois durant plusieurs années) ont montré :

  • Des cas d’arthroses de la première articulation carpo-metacarpienne de la main directrice (Ming, 2006) [ming2006excessive].
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Source : ICMMS Institut Chirurgical de la Main et du Membre Supérieur

  • Des cas de ténosynovites de De Quervain (inflammation des tendons longs abducteur et court extenseur du pouce au niveau du bord radial du poignet), il a même été relevé des ténosynovites du pouce chez des écoliers envoyant plus de 100 SMS par jour.
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Source : ICMMS Institut Chirurgical de la Main et du Membre Supérieur

Conclusion

A ce jour il existe de nombreuses ressources proposant des conseils pour limiter les risques de TMS avec l’usage d’ordinateurs fixes, ce type de matériel disparaît peu à peu remplacé par des ordinateurs portables eux-mêmes remplacés par des terminaux mobiles tactiles, hors pour ces derniers nous n’avons pas assez de recul pour proposer des postures permettant un usage dit intensif et limitant les TMS.

Références

Berolo, S., Wells, R. P., & Amick, B. C. (2 011). Musculoskeletal symptoms among mobile hand-held device users and their relationship to device use : a preliminary study in a Canadian university population. Applied Ergonomics, 42 (2), 371-378.

Kenneth, K. (2014). Assessment of stresses in the cervical spine caused by posture and position of the head. Surgical Technology International 2014, 25 : 277-279. Consulté à l’adresse : https://www.phschiropractic.com/webres/File/iTrac%20Surgical %20Technology%20Doc.pdf

Ming, Z., Pietikainen, S., & Hanninen, O. (2006). Excessive texting in pathophysiology of first carpometacarpal joint arthritis. Pathophysiology, 13 (4), 269-270. Consulté à l’adresse : http://www.pathophysiologyjournal.com/article/S0928-4680 (06) 00081-2/fulltext