Enseignement en ligne : Principes et activités

Informations

  • Auteurs : Philippe Dessus, LaRAC & Inspé, Univ. Grenoble Alpes.
  • Date de création : Février 2021.
  • Date de modification : 14 février 2022.
  • Statut du document : En cours.
  • Résumé : Ce Document recense quelques principes et activités pour mener des cours en ligne, qu’ils soient synchrones ou asynchrones, dans les meilleures conditions possibles, reprenant principalement [Lemov, 2020].
  • Voir aussi : Le Document Évaluation formative des étudiants à distance
  • Licence : Document placé sous licence Creative Commons : BY-NC-SA.

Introduction

Une situation d’enseignement en ligne est une situation dans laquelle ([Rapanta et al., 2020] p. 925, citant Anderson, 2011)

  1. l’apprenant est à distance de l’enseignant ou du tuteur ;
  2. l’apprenant utilise une certaine forme de technologie pour accéder au matériel d’apprentissage ;
  3. l’apprenant utilise une technologie pour interagir avec l’enseignant ou le tuteur et les autres apprenants ;
  4. une certaine forme d’aide est donnée aux apprenants

La pandémie de COVID-19 a fait exploser un enseignement en ligne d’urgence : les enseignants de tous niveaux ont dû investir en urgence différentes plates-formes d’enseignement à distance et de vidéoconférence qui étaient auparavant réservées à quelques situations particulières (apprenants hospitalisés ou en alternance). Ils ont dû rapidement comprendre le fonctionnement des plates-formes, planifier et adapter leur enseignement le mieux possible, la plupart du temps en investissant beaucoup de temps, le risque, jamais très loin, étant de s’installer dans une sorte de MOOCification de leur enseignement [Charroud et al., 2020], c’est-à-dire d’un enseignement de masse, très impersonnel, dans lequel les apprenants sont peu engagés.

Ce document, principalement issu de [Lemov, 2020], rassemble quelques principes de travail dans un enseignement en ligne.

Enseignement en ligne vs. en présence

Enseignement synchrone vs. asynchrone

Dans l’enseignement en présence, les apprenants sont engagés dans des phases d’enseignement synchrone (en classe) et des phases asynchrones (devoirs à la maison). En enseignement en ligne, ces deux phases peuvent aussi être menées, chacune ayant leurs avantages et inconvénients (voir Tableau I, d’après [Lemov, 2020], p. 25, ce qui suit, id., pp. 27-29).

Par exemple, fournir un enseignement synchrone de très haute qualité est très demandeur en temps et énergie. L’enseignant peut donc donc utiliser du temps pour réaliser des ressources asynchrones, plus aisées à concevoir et peaufiner, permettant de plus de fournir des rétroactions aux élèves (p. ex., des questionnaires à choix multiple).

De plus, réaliser un enseignement mixte (synchrone et asynchrone) permet aux apprenants de travailler à leur rythme, et donc de se désengager si nécessaire des écrans, causant une fatigue importante.

Tableau I. Avantages et inconvénients de l’enseignement synchrone vs. asynchrone (d’après [Lemov, 2020], p. 25).

  Enseignement asynchrone Enseignement synchrone
Avantages
  • Matériel mieux fini
  • Contrôle de son rythme
  • Devoirs plus complexes
  • Connexions construites et maintenues
  • Compréhension vérifiée et rétroactions en direct
  • Plus grand engagement
Limites
  • Compréhension & engagement moins évaluables
  • Moins de connexions
  • Impact moindre sur apprenants en difficulté
  • Fatigue due au temps d’écran
  • Attention décroissante
  • Contraintes de coordination (tous présents)
  • Problèmes de connexion/accès
  • Fatigue due au temps d’écran
  • Attention décroissante

Principes

Cette section présente quelques principes généraux à suivre si l’on veut mener des séances d’enseignement en ligne ; nous indiquons si cela s’applique aux cours synchrones ou asynchrones.

  1. La qualité de l’enseignement (aux niveaux socio-émotionnels, gestion du cours, soutien à la compréhension) est plus importante que la manière dont les cours sont diffusés (EEF, 2020).
  2. Être sensible au fait que tous les apprenants d’un cours n’ont pas les mêmes conditions matérielles (matériel informatique, connexion, pièce) et que cela peut être difficile pour certains de le suivre ([Lemov, 2020] p. 20). Ainsi s’assurer d’un “accès universel” du contenu du cours est fondamental, d’autant plus pour les apprenants à besoins spécifiques (EEF, 2020).
  3. Aligner les routines et scénarios de l’enseignement en présence à l’enseignement en ligne, de manière à ce que les apprenants aient l’impression qu’ils vivent un enseignement très proche de celui qu’il vivraient en classe ([Lemov, 2020] p. 56).
  4. Mixer des phases d’enseignement synchrone avec des phases asynchrone (cf. ci-dessus).
  5. En synchrone ou asynchrone, se comporter comme si on enseignait en présence (e.g., en enseignant debout) ([Lemov, 2020] p. 40).
  6. Être connecté avec les apprenants en dehors du cours en ligne, synchrone ou asynchrone, par des moyens diversifiés, améliore leur engagement dans le cours ([Lemov, 2020] p. 56).
  7. En synchrone, permettre la participation (au moins orale) des apprenants le plus tôt possible dans le cours, pour les amener à trouver normal de s’exprimer ([Lemov, 2020] p. 61).
  8. Instaurer des pauses régulières dans le cours (toutes les 10 min), qu’il soit synchrone ou asynchrone, pour que les apprenants réalisent un travail qui les implique et les amène à s’approprier le contenu du cours activement et de manière indépendante (EEF, 2002), et ensuite faire l’objet de rétroactions. Ce travail peut aussi être réalisé en groupe dans des salles de discussion ([Lemov, 2020] p. 84 et 91).
  9. Donner des antidotes à l’écran, en donnant des tâches de lecture de livres sur papier et d’écriture papier-crayon, pour éviter la fatigue due à une durée de visionnement d’écran trop importante, que le cours soit synchrone ou asynchrone ([Lemov, 2020] p. 106).
  10. Choisir les outils en ligne et la plate-forme d’enseignement de manière à ce que le travail des apprenants soit le plus aisé et simple possible : la multiplication et la complexité des outils et des comptes ajoute de la confusion. Lire de près les Conditions générales d’utilisation des outils en ligne, le Tutoriel tutos:tuto_donnees_perso pourra aider ([Lemov, 2020] p. 106).

Conseils

Ces différents conseils peuvent être suivis selon les buts pédagogiques de l’enseignant. Ils sont pour la plupart repris de [Lemov, 2020].

Pour améliorer le climat socio-émotionnel

Des interactions fréquentes et émotionnellement positives entre pairs et entre enseignant-apprenants sont fondamentales pour la motivation et la réussite de ces derniers (EEF, 2020).

Capsules vidéo de présentation

  • L’enseignant réalise, en début de cours, une capsule vidéo de présentation de lui-même, et peut demander aux apprenants de faire de même ([Lemov, 2020] p. 55).

Routines de pause

  • Mettre en place des routines de pause, au début ou entre deux phases d’un cours (e.g., en créant une liste de morceaux du cours, qui sont diffusés au début de chaque cours, aux pauses, ou en demandant à un apprenant de jouer un morceau de musique).

Personnalisation

  • Diffuser certaines consignes ou évaluations via écriture manuscrite ([Lemov, 2020] p. 42).
  • Demander à ce que les apprenants suivent le cours caméra allumée, de manière à percevoir les signaux d’engagement ou désengagement des apprenants, leur réaction (voir section Rétroactions ci-dessous) mais aussi former un groupe ([Lemov, 2020] p. 44).

Rétroactions

  • En synchrone, utiliser le “mode conversation” (chat) intégré à la plate-forme pour interagir avec les apprenants (poser des questions, donner des rétroactions), et pour qu’ils interagissent entre eux ([Lemov, 2020] p. 45).
  • En synchrone, utiliser les outils de “réaction rapide” intégrés à la plate-forme pour inciter les apprenants à donner leur avis sur tel ou tel aspect du cours... ou leur demander de réagir devant la caméra (e.g., pouce levé) ([Lemov, 2020] p. 45).
  • En synchrone, utiliser le “mode sondage” pour poser des questions-bilan ou de compréhension, et utiliser les scores de réponse pour avancer dans le cours ou reprendre certains points ([Lemov, 2020] p. 45).

Pour améliorer la gestion du cours en ligne

Une organisation rigoureuse et soucieuse du rythme est importante pour l’engagement de chacun.

Matériel nécessaire

  • Dès le début du cours, qu’il soit synchrone ou asynchrone, mentionner tout le matériel dont les apprenants vont avoir besoin (e.g., papier, crayon, calculette, tablette...) ([Lemov, 2020] p. 89).

Icones d’activités

  • En synchrone ou asynchrone, choisir une série d’icones signalant les principales activités (listées dans la section suivante), de manière à ce qu’elles soient lancées plus rapidement et efficacement ([Lemov, 2020] p. 140). On pourra recourir à la banque d’icones libres et gratuites TheNounProject.

Canaux de composition

  • En synchrone ou asynchrone, faire varier les canaux de composition : les apprenants peuvent réaliser des tâches par courriel, sur papier montré ensuite à la caméra, par mémo vocal, etc. ([Lemov, 2020] p. 46).

Temporalité

  • En asynchrone, distinguer le matériel avec date de péremption du matériel sans date de péremption ([Lemov, 2020] p. 17), en assignant certains travaux à faire d’une date-butoir spécifique ; d’autres matériels (“persistants”) pouvant être visionnés à tout moment, pour s’entraîner, se remettre à niveau.

Pour améliorer la compréhension

Enseignement mixte

  • Répliquer le système des “classes inversées” dans l’enseignement en ligne. Les apprenants étudient un matériel en asynchrone et des sessions synchrones permettent de discuter de la compréhension de ce matériel.

Source du matériel

  • En asynchrone, que l’enseignant d’un cours est le mieux placé pour concevoir les ressources vidéos de son cours. Le visionnement de vidéos par d’autres enseignants sont optionnelles ([Lemov, 2020] p. 21).

Consignes conditionnelles

  • En asynchrone, donner des consignes que les apprenants interprètent en fonction de leur compréhension de ce qui a précédé : “Si vous pensez avoir compris X, alors faites tel exercice, sinon, revisionnez telle vidéo d’explication” ([Lemov, 2020] p. 104).

Questions méta-cognitives

  • En synchrone ou asynchrone, poser des questions méta-cognitives aux apprenants : “envoyez-moi un courriel expliquant sur quel sujet vous avez progressé et ce qu’il vous reste à comprendre” ([Lemov, 2020] p. 46).

Briques d’activités

Cette section présente une série de petites “briques” d’activités pouvant être enchaînées les unes aux autres et constituer un scénario d’enseignement en ligne. Pour faciliter leur démarrage on pourra avoir recours à des icones qui les symbolisent et sont affichées sur les diapositives qui les évoquent (voir section précédente).

  • Exemple concret collaboratif (collectively worked example) : Un problème à résoudre est donné par l’enseignant et tous (enseignant et apprenants) collaborent à le résoudre ensemble ([Lemov, 2020] p. 175).
  • Fais-ça (do-now) : Consigne très explicite donnant une tâche pouvant être réalisée rapidement, et continuant par un Montre-nous ou un Dis-nous.
  • Montre-nous (show-call) : Question ciblée à l’improviste, version écrite du Dis-nous, où l’enseignant désigne un apprenant pour qu’il partage son écran pour que tous voient sa production, qui est ensuite commentée.
  • Dis-nous (cold call) : Question ciblée à l’improviste. L’enseignant peut instaurer dans son cours en ligne l’habitude de poser oralement des questions invitant un apprenant de son choix à y répondre, à l’improviste. Cela pas dans un but de le piéger, mais d’indiquer à tous qu’il est important de suivre le cours puisque tous peuvent être sollicités pour des questions de compréhension ([Lemov, 2020] p. 49).
  • Stop et écrivez (stop and jot) : Moment où le cours, synchrone ou asynchrone, s’arrête un moment pour laisser les apprenants écrire (sur papier ou document collaboratif) les idées qui leur viennent à propos d’une consigne donnée juste avant ; chacun peut consulter les réponses de ses pairs. Peut être suivie d’un Dis-nous ou Montre-nous ([Lemov, 2020] p. 129-131).
  • Tout le monde écrit (Everybody writes) : Dérivé de Stop et écrivez. Lors d’un visionnement asynchrone d’une vidéo, les apprenants prennent des notes et répondent à des questions sur un document partagé, ce qui peut être vu par les pairs et l’enseignant ([Lemov, 2020] p. 18).
  • Question éclair (speed question) : Question de compréhension posée par l’enseignant, en synchrone, les apprenants ayant pour tâche d’y répondre par chat le plus vite possible ; des rétroactions rapides étant ensuite données par l’enseignant ([Lemov, 2020] p. 130).
  • Question-go (wait question) : Question de compréhension posée par l’enseignant, en synchrone, les apprenants ayant pour tâche d’y répondre par chat et envoient leur réponse en même temps, au signal de l’enseignant, ce qui permet à tout le monde, et pas seulement les plus rapides, de participer ; des rétroactions rapides étant ensuite données par l’enseignant ([Lemov, 2020] p. 130 et 177).

Sites internet

Références

[Charroud et al., 2020]Charroud, C., Dessus, P., & Osete, L. (2020). Confinement et pratiques évaluatives : une moocification urgente et forcée ? Évaluer - Journal International de Recherche en Éducation et Formation (e-JIREF), 1 hors-série, 53–58.
[Lemov, 2020](1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32) Lemov, D. (2020). Teaching in the online classroom. Hoboken: Jossey-Bass.
[Rapanta et al., 2020]Rapanta, C., Botturi, L., Goodyear, P., Guàrdia, L., & Koole, M. (2020). Online university teaching during and after the covid-19 crisis: refocusing teacher presence and learning activity. Postdigital Science and Education, 2(3), 923-945. doi:10.1007/s42438-020-00155-y