Atelier : Quand les étudiants font de la résistance

Information

  • Auteurs : Philippe Dessus, LaRAC & Espé, Univ. Grenoble Alpes & Romain Laurent, DAPI, Univ. Grenoble Alpes.
  • Date de création : Novembre 2018.
  • Date de modification : 23 mai 2019.
  • Statut : Terminé.
  • Résumé : Il peut arriver que certaines méthodes pédagogiques déconcertent suffisamment les étudiants pour qu’ils y résistent. Cet atelier est dédié à ce phénomène.
  • Licence : Document placé sous licence Creative Commons : BY-NC-SA.

Introduction

Il est bien connu qu’il ne suffit pas d’enseigner pour que les étudiants apprennent. Ces derniers doivent s’impliquer suffisamment dans le cours pour qu’un apprentissage effectif puisse survenir. Si ce n’est pas le cas, on peut parler de “résistance des étudiants”, un phénomène décrit dans la recherche en éducation depuis les années 1970, et défini ainsi (Dubé, 2018, citant Prince & Weimer, 2017) : “tout comportement observable chez l’étudiant qui diminue chez l’enseignant le désir d’utiliser une stratégie pédagogique” (ce qui suit est principalement repris de Dubé, 2018), comme le refus de participer à telle ou telle activité, d’avoir des comportements perturbateurs en cours, d’évaluer négativement tel enseignant en fonction de ses principes pédagogiques.

Les comportements résistants

Le tableau ci-dessous liste les types principaux de résistance (en termes de comportements ou d’énoncés) pouvant survenir (issu de Seidel & Tanner, 2013, Tableau 1).

Type de résistance Exemples de comportements ou énoncés
Conseil à l’enseignant “Soyez plus expressif”.
Blame de l’enseignant “L’enseignant est ennuyeux”, “Vous ne semblez pas préparé”.
Évitement Les étudiants ne vont pas en cours, ne participent pas.
Suivi avec réticence Les étudiants participent, mais en étant réticents.
Résistance active Les étudiants vont en cours en ayant intentionnellement pas fait le travail demandé
Tromperie Les étudiants font comme s’ils ont réalisé le travail demandé alors qu’ils ne l’ont pas fait.
Communication directe Les étudiants expliquent à l’enseignant comment ils le perçoivent.
Perturbation Les étudiants font du bruit.
Excuses “Je ne comprends pas”, “C’est si facile que je n’arrive pas à me concentrer”.
Ignorer l’enseignant Les étudiants ignorent tout simplement l’enseignant.
Défier le pouvoir “Est-ce que vous faites votre travail sérieusement ”?
Solliciter l’aide d’étudiants “Je voudrais demander aux autres s’ils ressentent la même chose.”
Mentionner le pouvoir “Je serais inquiet d’aller chez le doyen”.
Modeler le comportement “Si vous ne faites pas d’efforts pour bien enseigner je ne ferai pas d’efforts pour écouter.”
Hostile-défensif “Juste ou faux, je suis comme cela”.
Réfutation “Je sais ce qui est bon pour moi, je n’ai pas besoin de votre avis.”
Vengeance “Je ne recommanderais pas cet enseignant/cette classe”. “Je vais rendre une évaluation négative”.

Les comportements de l’enseignant

Les comportements ci-dessous surviennent parfois (voire souvent) parce que l’enseignant lui-même s’est comporté de manière à les provoquer. Le tableau ci-dessous en recense quelques-uns (tiré de Seidel & Tanner, 2013, Tableau 2).

Types de comportement Exemples de comportements et énoncés de la part de l’enseignant
Connaissances insuffisantes Ne connaît pas le contenu, ne peut répondre aux questions, donne de mauvaises informations.
Surcharge d’informations Parle trop vite, expose le contenu trop rapidement, utilise des termes difficiles.
Sous-charge d’informations Fait des cours et des évaluations trop faciles. Les étudiants n’apprennent rien.
Déviation du syllabus Change les dates et le type d’évaluations, ne suit pas le syllabus.
Sarcasme et humiliation “Vous avez un niveau d’élèves de maternelle”.
Abus verbaux Est méchant, profère des insultes, hurle, interrompt et intimide les étudiants.
Personnalité négative Est impatient, centré sur lui, avec supériorité, est lunatique.
Indifférence Ne s’intéresse pas aux étudiants, ne connaît pas leurs noms, ne permet pas la discussion.
Favoritisme Fait du favoritisme ou porte préjudice, est étroit d’esprit.
Absences ou retards Ne fait pas cours et n’avertit pas les étudiants ; est souvent en retard.
Mauvaise gestion du temps Les cours durent plus de temps que prévu, ou commencent avant.
Accessibilité Est difficile à contacter, n’accorde pas de temps lorsque les étudiants ont des problèmes.
Désorganisation Cours non préparés, oublis dans les emplois du temps, les évaluations.
S’égare du sujet Fait souvent mention de ses opinions personnelles, de sa vie privée, fait perdre du temps.
Cours peu clairs Pas clair sur ce qui est attendu, est confus, se contredit.
Cours ennuyeux Parle de manière monotone, n’est pas enthousiaste, se répète, ses cours ne sont pas variés.
Évaluations injustes Aux évaluations, pose des questions très difficiles ou ambiguës, non reliées au cours.
Notation injuste Note de manière injuste, change de type de notations, n’a pas de barème clair.
Non prise en compte des questions N’encourage pas à poser des questions, ne sollicite pas les étudiants qui lèvent le doigt.

Les stratégies pour limiter la résistance des étudiants

Dubé (2018) recommande les stratégies suivantes pour limiter la résistance des étudiants.

  • parler de manière informelle avec les étudiants, tisser des liens avec eux, leur permettre de s’exprimer en cours ;
  • encourager les questions, développer les activités qui encouragent la participation ;
  • expliquer les éventuels changements du cours et leurs raisons ;
  • favoriser l’équité dans les interactions ;
  • utiliser des grilles critériées explicites pour les évaluations, et les communiquer aux étudiants ;
  • varier les méthodes d’enseignement ;
  • expliquer clairement ce qu’il y a à faire, en détaillant les tâches par étapes.

Tâches

  1. Lire attentivement les 19 comportements résistants ci-dessous. Rapidement, pour chacun, discuter si vous en avez déjà été la cible, et dans quel contexte. Les classer par gravité.
  2. Lire attentivement les comportements de l’enseignant pouvant provoquer des résistances. Là aussi, reliez-les à des événements vécus.
  3. Lire et commenter les stratégies, notamment en lien avec les comportements résistants ci-dessus. En trouver d’autres en fonction de sa propre pratique.

Références

  • Dubé, J.-S. (2018). Données probantes : la résistance étudiante aux pédagogies actives. Service de soutien à la formation, Univ. de Sherbrooke. [Article].
  • Seidel, S. D., & Tanner, K. D. (2013). “What if students revolt?”—Considering Student Resistance: Origins, Options, and Opportunities for Investigation. CBE Life Sciences Education, *12*(4), 586–595. [Article]