Littératie numérique

Information

  • Auteur : Christophe Charroud, Espé, Univ. Grenoble Alpes.
  • Date de création : Janvier 2016
  • Date de modification : 12 mars 2020.
  • Statut du document : Terminé.
  • Résumé : Aujourd’hui le numérique est partout, il est important de prendre en compte cette évolution dans l’éducation au travers de la littératie numérique c’est à dire l’habilité et la capacité d’utiliser les outils et applications numériques, mais aussi la capacité de comprendre de façon critique le contenu et les outils des médias numériques et bien évidemment la connaissance et l’expertise pour créer à l’aide de la technologie numérique.
  • Note : Ce document est appuyé sur les travaux de Hoechsmann & DeWaard (2015).
  • Licence : Document placé sous licence Creative Commons : BY-NC-SA

Introduction

L’OCDE, dans le rapport « La littératie à l’ère de l’information » publié le 14 juin 2000, définit la littératie comme étant « l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités » [1]. Plus de 15 années se sont écoulées depuis ce rapport et la part du numérique dans la société n’a cessé de progresser nécessitant de réfléchir au concept de littératie numérique.

« La littératie numérique », définir cette notion n’est pas simple, aujourd’hui de nombreux débats et discussions sont en cours, partout dans le monde, pour tenter de le faire précisément. Comprendre ce qu’est la littératie numérique est une première étape, vient ensuite une question qui se pose aux enseignants, comment intégrer la littératie numérique dans l’éducation ?

Un concept nécessaire ?

Aujourd’hui le numérique s’est immiscé dans les moindres recoins de notre vie, que ce soit par l’intermédiaire d’une action volontaire lorsque par exemple on utilise un réseau social ou par le biais de capteurs qui peuvent à la fois collecter des donnés d’usage et les communiquer en temps réel. C’est le cas avec nos smartphones, les lunettes connectées, nos voitures connectées, nos appareils de cuisine, nos lits [2] etc. Il s’est instauré une forme d’interactivité virtuelle dans tous les objets de la vie quotidienne, que ce soit grâce à ces capteurs (de quelques types soient-ils), ou par la présence d’un écran, tactile ou non. Ces technologies confèrent à notre environnement technologique une notion d’interaction directe entre êtres humains mais aussi entre l’homme et les objets à laquelle on est de plus en plus habitué.

Mais qu’advient-il de toutes ces données captées, échangées, stockées et traitées ? La législation actuelle protège-t-elle l’usager et sa vie privée et quid des questions éthiques liées à l’usage de ces données ?

Que penser de l’époqualisme qui présente l’internet comme une révolution en privilégiant l’histoire récente à celle plus ancienne, en affirmant que nous ne pourrons plus jamais nous passer des technologies qui nous entourent aujourd’hui ? Doit-on se laisser séduire par le solutionnisme numérique qui suppose davantage les problèmes qu’il tente de résoudre qu’il ne les examine vraiment, obtenant les réponses avant que les questions n’aient entièrement été posées ?[3]

Dans la société d’aujourd’hui et surtout dans celle de demain faudra-t-il se limiter à être un usager et laisser la création de produits, services et objets numérique à une population spécifique et par là même se priver de l’accès aux emplois liés à cette économie numérique ?

La littératie numérique a pour but de déterminer quelles sont les aptitudes et connaissances requises, pour répondre aux questions précédentes mais pas seulement, l’objectif est que tous nos élèves et étudiants puissent pleinement contribuer à la société numérique, y participer et en bénéficier pleinement.

Une définition

La littératie numérique, c’est (Hoechsmann & DeWaard (2015)[4]) :

  • L’habileté et la capacité d’utiliser les outils et applications numériques.
  • La capacité de comprendre de façon critique le contenu et les outils des médias numériques.
  • La connaissance et l’expertise pour créer à l’aide de la technologie numérique

Utiliser réfère à l’acquisition de connaissances techniques permettant d’utiliser aisément l’ordinateur ou l’Internet. Ces acquis sont les aptitudes et compétences de base constituant un savoir-faire essentiel – utiliser, par exemple, des programmes informatiques comme les logiciels de traitement de texte, les navigateurs Web, le courriel et d’autres outils de communication – qui doit progressivement atteindre un calibre de plus haut niveau pour nous permettre d’avoir accès et d’utiliser des ressources d’information comme les moteurs de recherche et les bases de données en ligne. Cet ensemble de compétences permet de participer à l’économie, à la société et à la culture numériques et constitue le point de départ du développement approfondi de la littératie numérique.

Comprendre, c’est acquérir un ensemble de compétences pour saisir, mettre en contexte et évaluer avec circonspection les médias numériques de manière à pouvoir prendre des décisions éclairées sur nos agissements et nos découvertes en ligne. Comprendre signifie également savoir reconnaître de quelle manière les nouvelles technologies agissent sur notre comportement et nos perceptions, nos croyances et nos sentiments vis-à-vis le monde qui nous entoure. Comprendre nous prépare à appréhender une économie du savoir pendant que nous faisons l’acquisition – sur le plan individuel et collectif – d’aptitudes en gestion pour trouver, évaluer et utiliser à bon escient l’information et ce, dans un but de communication, de collaboration et de solution de problèmes.

Créer c’est savoir produire des contenus et communiquer efficacement en utilisant divers outils et médias numériques. Créer à partir de médias numériques exige des connaissances dépassant largement l’utilisation du simple traitement de texte ou la rédaction d’un courriel : il faut savoir adapter son produit selon le contexte et le public cible ; créer et communiquer via des médias complexes et conjuguant, par exemple, l’image, le son et la vidéo ; utiliser de manière efficace et responsable le contenu généré par les utilisateurs et le Web 2.0 y compris les blogues et les forums de discussion, le partage de photos et vidéos, les jeux sociaux et autres formes de médias sociaux. Former les Canadiens à créer à partir de médias numériques, c’est leur assurer le droit de jouer pleinement leur rôle de citoyens contribuant activement à la société numérique.

Comment intégrer la littératie numérique dans l’éducation ?

Comme bien souvent lorsque nous devons enseigner dans un champ qui ne relève pas des disciplines académiques classiques, il faut trouver une approche suffisamment efficace, convaincante et pas trop invasive pour les disciplines académiques classiques. Des approches déjà utilisées pour enseigner les TIC en d’autres époques sont réutilisables en fonction des contextes (niveau de classe, politique d’établissement, instructions officielles).

Approche par infusion

Dans cette approche, la littératie numérique n’est pas considérée comme un ensemble de compétences distinctes rassemblées sous un référentiel mais en posant comme principe directeur que les élèves contemporains ne peuvent pas recueillir, produire et communiquer des renseignements efficacement ou réfléchir à leur apprentissage sans utiliser des outils numériques. Cette approche holistique amène à reconnaître les transformations induites pas les outils numériques en matière de communication et d’apprentissage. Elle permet d’établir un lien très explicite entre les pratiques traditionnelles et numériques de la littératie. La littératie ne concerne pas seulement la lecture, l’écriture, l’écoute, la parole, le visionnement et la représentation. Elle concerne également le développement de la littératie par le numérique, ce qui signifie réfléchir de façon critique et créative à propos de l’information et de la communication, en tant que citoyens tout en utilisant le numérique de façon responsable et éthique.

Approche transversale

Cette approche ressemble à l’infusion car elle situe la littératie numérique dans l’ensemble du programme comme étant fondamentale au processus de réflexion et d’apprentissage. Un ensemble de compétences transversales peuvent être proposées via un référentiel, ces compétences étant développées dans les différentes disciplines. L’histoire nous montre cependant que cette approche est assez difficile a ancrer dans les pratiques, l’exemple du B2I est là pour le montrer.

Approche par intégration

Dans cette approche, la littérarité numérique est intégrée aux programmes à la manière d’une discipline classique, les apprenants doivent satisfaire à une liste d’exigences afin de pouvoir valider leur formation à l’identique des exigences du programme de mathématiques ou de lettres. A ce jour, en France, il n’y a pas de texte instituant l’intégration de la littératie numérique selon cette approche par intégration alors que par exemple des provinces du Canada l’ont fait.

Approche par dispersion

Avec une approche par dispersion la littératie numérique est enseignée dans le programme d’une discipline, des résultats précis devant être atteints, mais par conséquent, elle est enseignée selon la perspective plus étroite des questions liées à la discipline support. Il est donc indispensable que la littératie numérique soit dispersée dans plusieurs discipline de façon à couvrir le spectre de formation le plus large, l’écueil évident est le manque de cohérence pour l’apprenant entre les différentes disciplines qui aborderont la littératie numérique.

Références